École Montessori de l’Outaouais- une aire de jeux construite autour d’un jardin de pluie et de la communauté

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Depuis que mon fils aîné a commencé l’école à l’âge de trois ans (il y a près de neuf ans!), je regardais l’aire de jeux de la maternelle en essayant d’imaginer ce qu’elle pourrait devenir. Aussi loin que je m’en souvienne, ce n’était qu’un assemblage hétéroclite de structures de jeu en plastique et de copeaux de bois, agrémenté d’un bac à sable à l’allure bien triste. L’aménagement ne répondait à aucune logique particulière. Malgré cela, les enfants étaient heureux et la vie suivait son cours.

Cependant, en 2024, ma famille a eu l’idée de planter une rangée de saules — transplantés depuis notre cour — le long de la clôture de la grande aire de jeux. C’était une façon de créer instantanément une haie vive et un écran de verdure pour l’isoler du stationnement en face de l’aire de jeux. Mme Berthine, la directrice de l’école, a adoré l’idée et nous a donné le feu vert.

Après le projet des saules, Mme Berthine était impatiente de voir ce que nous pourrions faire d’autre ensemble pour améliorer la cour de l’école ; elle m’a encouragé à examiner les lieux et à faire des propositions. C’est alors que j’ai commencé à m’intéresser plus sérieusement au reste de la cour, y compris à l’espace réservé à la prématernelle.

Au centre de la cour de récréation réservée aux plus jeunes élèves se trouve un regard destiné à recueillir l’eau lors des fortes pluies et inondations. Cependant, au fil des ans, des copeaux de bois, du sable et d’autres débris ont à plusieurs reprises obstrué ce dispositif d’évacuation, provoquant d’importantes inondations dans le bâtiment et engendrant des coûts considérables tant pour l’école que pour le Monastère, propriétaire des lieux. Lors de chaque épisode de fortes précipitations, une immense flaque de boue se formait autour de ce regard. Pour éviter que les élèves ne se salissent ou ne se mouillent, la zone était souvent délimitée par des rubans de signalisation et divers objets afin d’empêcher les enfants d’y accéder.

Face aux dégâts causés par des inondations à répétition, l’école a fait de la réparation de son vieux système de drainage défaillant une priorité budgétaire. Réparer les canalisations aurait représenté une dépense considérable sans pour autant apporter d’amélioration visible à la cour de récréation. Nous avons donc choisi d’aborder le problème sous un angle nouveau en adoptant une approche Montessori. Plutôt que de considérer les averses comme une nuisance à dissimuler derrière un système de drainage remis à neuf, nous avons cherché un moyen de célébrer ce phénomène. Les épisodes pluvieux allaient ainsi devenir une nouvelle expérience sensorielle et éducative pour les enfants. Au lieu de réparer le système de drainage à grands frais, nous avons décidé de le recouvrir afin de le protéger des problèmes futurs liés à l’accumulation de débris causée par le ruissellement et l’érosion. C’est ainsi qu’est née l’idée du « jardin de pluie », apportant une réelle valeur éducative, environnementale et expérientielle à la cour de récréation.

Des tranchées ont été creusées et des conduites installées sous terre, près des descentes pluviales, afin de recueillir les eaux de ruissellement des toitures de l’école. Ces eaux sont acheminées directement vers le jardin, dont le sol a été nivelé pour en assurer la bonne collecte et le bon écoulement. Des talus et une zone en contrebas ont été aménagés avec de la terre végétale de qualité supérieure, garantissant ainsi que, même en cas de fortes précipitations, l’eau reste confinée à l’intérieur du jardin de pluie. Nous avons ensuite recouvert l’espace de grosses pierres et d’un paillis de copeaux de bois.

Nous avons planté des boutures d’arbustes en périphérie du jardin et avons réservé les plants plus petits aux enfants pour qu’ils puissent les planter dans le jardin. Tous les végétaux ajoutés au jardin sont des espèces indigènes, cultivées à partir de graines par les élèves eux-mêmes lors d’un atelier de semis organisé en hiver pour plusieurs classes. Ces plantes ont été choisies spécifiquement pour leur capacité à prospérer aussi bien en milieu humide que sec. Une fois bien implantées, elles attireront les pollinisateurs, offrant ainsi aux enfants un espace d’observation et d’exploration qui transformera la cour de récréation en un véritable laboratoire vivant.

Deux allées permettent aux enfants de circuler en toute sécurité dans le jardin de pluie et d’observer la pluie ainsi que les plantes sans se salir ni se mouiller : un pont en pierre, constitué de grandes dalles plates et agrémenté de fraisiers des bois et de violettes, se trouve à une extrémité du jardin, tandis qu’une passerelle en bois, reliée à la terrasse de la cabane de jeu, se situe à l’autre extrémité. De petites barrières en bois naturel ont été installées pour empêcher les enfants d’accéder à la rocaille. Des arbustes (cornouiller hart-rouge, gadellier d’Amérique et gadellier doré) ont été plantés le long de la bordure surélevée du jardin. Une fois bien établies, ces plantes formeront des barrières naturelles, contribuant à délimiter davantage les différentes zones de l’aire de jeux et à créer de petits recoins propices au jeu pour les enfants.

Nous avons pu tester le jardin de pluie lors des récentes averses, et il fonctionne parfaitement. L’eau s’évacue assez rapidement pour éviter toute stagnation. L’aménagement de l’aire de jeux facilite la circulation et propose aux enfants une grande variété d’activités réparties sur l’ensemble du site. L’accent est désormais mis sur l’utilisation de matériaux naturels, conformément à la pédagogie Montessori et aux pratiques en classe. L’aire de jeux est conçue comme un prolongement extérieur de l’apprentissage en intérieur.

Ce qu’il y a de plus beau dans tout ce projet, c’est l’enthousiasme et la joie que les enfants ont manifestés pour leur nouvelle aire de jeux. Je suis profondément touchées par les témoignages du personnel enseignant qui affirme que les enfants n’avaient jamais utilisé l’espace de cette façon et qu’ils jamais été aussi impatients de sortir jouer.

Ce projet a nécessité une planification approfondie, mais s’est fait en seulement trois semaines afin d’être prêt pour la célébration du 50e anniversaire de l’École Montessori de l’Outaouais. Il a pu voir le jour grâce à de nombreuses personnes bienveillantes et serviables qui se sont mobilisées pour le concrétiser : parents, élèves, enseignants et enseignantes, ainsi que membres de notre communauté ont offert leur temps, leur matériel et leur énergie. Mme Berthine et Mme Florence ont apporté un soutien tout particulier. Sans la confiance, les encouragements et la vision d’avenir de Mme Berthine pour l’école, ce projet n’aurait jamais été imaginé, et encore moins réalisé.

Merci à Corey Lalonde et Andre Daoud, qui se sont surpassés pour m’aider à bâtir ce projet depuis ses tout débuts. Merci à Gerry et Luc, d’Ottawa Cedar Lumber, qui ont pris mes plans en main et m’ont aidé à concrétiser ma vision. Merci à Jinchong et John, deux papas formidables et talentueux qui ont uni leurs efforts pour résoudre des problèmes techniques, puis ont travaillé tard dans la nuit pour m’aider à fabriquer les fenêtres circulaires et les cadres de la maisonnette. Merci à Richard Gravel, qui a fait don des matériaux nécessaires à la création d’un mini-terrain pour nos élèves. Merci à Marjorie, ma formidable compagne et « super-maman », qui a été présente à chaque étape — sous le soleil, la pluie et même la grêle — pour creuser, pelleter, construire et semer. Je tiens également à remercier mes partenaires de Canopée et l’équipe de Polliniser Aylmer, toujours présents pour m’épauler au moment où j’en avais le plus besoin. Pour moi, ce projet est un puissant rappel de tout ce que nous pouvons accomplir en nous entraidant et en travaillant ensemble.

Enfin, je tenais à ajouter que ce projet est né de l’amour et du respect; c’est ma façon d’exprimer ma profonde gratitude pour toute l’attention que cette école et les personnes formidables qui y travaillent ont portée à mes trois garçons pendant près de neuf ans. Je serai éternellement reconnaissante envers chacun des membres du personnel enseignant, de l’administration et du personnel qui font de cet établissement un milieu bienveillant où mes fils peuvent s’épanouir et grandir.

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