Abeilles, papillons, Barons et bière… si vous savez, vous savez

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Depuis qu’on a lancé le projet L’Effet Papillon Aylmer, je regarde les coins de notre ville avec un filtre mental rempli de possibilités de transformation. Chaque petite bande de gazon que je croise dans un espace public, je l’imagine convertie en jardin de pollinisateurs. Ça ne demande rien de plus que de la volonté, de l’imagination et des plantes. Le plus cool dans tout ça, c’est qu’au fil de ce projet, j’ai découvert à quel point c’est facile de simplement demander. 

Vue de devant de la terrasse du 5e Baron

Un de ces endroits que je lorgne semaine après semaine en regardant Remi grandir depuis plusieurs années, c’est la terrasse du 5e Baron. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, c’est notre microbrasserie locale, en plein cœur du Vieux-Aylmer, et un endroit remarquablement accueillant pour les enfants qu’on fréquente au moins une fois par semaine, où on profite de conversations d’adultes et de bières fraîches sur leur terrasse pendant que notre enfant s’amuse joyeusement dans la cour et avec d’autres enfants semi-sauvages dont les parents sont eux aussi largement absorbés à essayer d’être adultes, interrompus uniquement par d’occasionnelles demandes d’accompagnement aux toilettes. 

11 juin 2020. En file avec une bonne partie d’Aylmer pour l’ouverture du 5e Baron, masques au visage, Remi en porte-bébé, à attendre notre tour d’entrer dans notre microbrasserie locale nouvellement ouverte pour aller chercher une sélection de leurs toutes premières bières brassées.

Le 5e a ouvert pendant la COVID, quand Remi avait quelques mois, et on est des fidèles depuis, en grande partie à cause de leur terrasse, mais aussi à cause de leur sélection de bières en rotation.

L’espace d’ombre forestier dont j’ai imaginé tellement de relookages

Revenons à la terrasse, revenons au projet L’Effet Papillon Aylmer, vous devinez probablement où je m’en vais avec ça. À chacune de ces visites, j’ai regardé le jardin en pleine ombre que les enfants utilisent comme terrain de jeu, recouvert de cailloux de rivière, de campanule fausse-raiponce (Campanula rapunculoides, invasive) et de pas grand-chose d’autre. À chacune des centaines de bières que je suis certaine d’avoir consommées — avec modération à travers les 6 ans de la brasserie — j’ai fixé ce coin ombragé en imaginant le transformer en jardin forestier que les enfants pourraient quand même piétiner pendant que pousseraient des plantes de pollinisateurs adaptées à l’ombre.

Pervenche et épine-vinette

De l’autre côté du jardin d’ombre se trouvait une plate-bande surélevée à l’air abandonné, faite de briques et recouverte d’une décennie de pervenche (Vinca minor), adossée à 2 buissons d’épine-vinette (Berberis sp.) débordants et épineux.

Quand on a officiellement formé notre OBNL, on a tenu notre première vraie réunion du conseil à la brasserie. Tout naturellement, sans bureau, le 5e Baron est devenu l’endroit le plus naturel pour les réunions de planification de notre conseil.

Notre première réunion officielle du conseil, hiver 2025

Un jour, j’ai demandé à Jacob : Comment te sentirais-tu si on transformait certains coins de ta terrasse en habitat de pollinisateurs ? Il n’a fallu que cette seule question. Il était partant dès le début, encore partant quand on a insisté avec véhémence pour que le beau tapis de pervenche doive disparaître, après lui avoir expliqué à quel point ça dévaste les écosystèmes locaux ; encore partant quand on a ajouté que les gros buissons qui offraient de l’intimité à la terrasse devaient eux aussi disparaître, parce que leurs racines étaient entremêlées avec la pervenche et qu’on n’avait aucun espoir d’éradiquer la pervenche si on laissait les arbustes en place. 

On a reçu carte blanche et un petit budget pour transformer la terrasse en escale no 15 de L’Effet Papillon Aylmer. 

Livraison des copeaux de bois juste avant la pluie

On a choisi une date, déposé un chargement de copeaux d’arboriste, et on a réussi à ramasser plein de carton à la bibliothèque en se trouvant là, par accident, au bon moment.

On fait peut-être du dumpster diving dans le recyclage de la nouvelle bibliothèque, mais on le fait habillées avec style

Deux de nos bénévoles ont passé une matinée à couper les branches de l’épine-vinette, qu’on a ensuite livrées au gigantesque cimetière de branches sur le terrain de notre ami Andre.

Les souches restantes des buissons étaient gigantesques, et celles et ceux d’entre nous qui les avaient vues restaient un peu… plantés là, sans savoir comment on allait bien pouvoir les arracher. Leur masse et leur immobilité menaçaient de faire dérailler la plantation, jusqu’à ce que Gabrielle écrive dans notre chat de groupe pour nous dire qu’elle allait essayer de les enlever toute seule à l’aide d’un nouveau type de pelle.

La femme qui a arraché ce que personne d’autre ne pouvait, sous une pluie torrentielle

Je ne sais pas combien d’heures ça lui a pris, et je ne sais pas comment elle a fait pour les enlever vu que chacune avait probablement une masse et un poids supérieurs aux siens, mais sa patience et sa détermination ont porté fruit, puisqu’elle a réussi à arracher les deux souches sous une pluie torrentielle, avec encore du temps devant elle avant le début prévu de notre événement de plantation. 

Ce qu’on imaginait…

Ensuite est venue la météo. On avait imaginé une douce soirée du dimanche, des enfants qui courent partout, qui aident à planter et qui peignent des petites chenilles sur des roches, des parents qui nous aident à tirer des seaux pleins de racines de pervenche d’une main, à siroter une bière de l’autre, en écoutant la trame sonore musicale de ma jeunesse (sérieusement, je ne sais pas qui s’occupe des mixes pour la brasserie, mais Digable Planets, Portishead, A Tribe Called Quest et Erykah Badu me ramènent chacun à une version beaucoup, beaucoup plus jeune et nettement plus stupide de moi-même que je regrette et que je méprise à la fois).

Ce n’est pas ce qu’on a eu. La météo pour la fin de semaine n’annonçait que de la pluie. La nuit d’avant, une tempête monstre avait abattu des arbres partout en ville, et on a perdu le courant toute la nuit. Ce matin-là, les prévisions étaient douteuses au mieux. Heure par heure, on prévoyait de la pluie forte le matin, qui s’éclaircirait un peu en après-midi, puis qui continuerait à bruiner toute la soirée. 

Ce qu’on a eu…

On s’est demandé, dans notre groupe de bénévoles, ce qu’il fallait faire. On a décidé de procéder en se disant que les plantes seraient en fait bien contentes et que la pluie serait légère. On a confirmé avec la brasserie, quand Jacob a demandé si on voulait remettre à un autre jour, ou attendre plus tard pour décider si on allait y aller ou non. 

Les plantes étaient prêtes, on était prêtes, alors on a dit « bah… ce sera juste un petit crachin le temps qu’on plante. Allons-y ! »

Les copeaux de bois détrempés sont moins l’fun à pelleter que les copeaux secs. Conseil de pro.

Dominique est venue m’aider à charger toutes les plantes, ainsi que mon petit wagon plein de mélange compost-terre chic de chez Meristeme. On s’est arrêtées chez Sarah avec la remorque orange pour remplir un chargement de plus de copeaux de bois. Sarah avait reçu gratuitement un chargement de copeaux grâce à Chipdrop, un service gratuit qui connecte les arboristes qui cherchent à se débarrasser de leurs copeaux avec des personnes prêtes à se faire déverser un chargement de camion de copeaux quelque part sur leur terrain. 

Le Chipdrop de Sarah (pas ma photo… empruntée de Facebook parce que c’est la seule façon de bien faire passer le message — ici, « gratuit » vient avec cet avertissement… Je crois que c’est Trevor qui a pris cette photo.

Le défi avec Chipdrop, c’est qu’il faut être prêt à accepter jusqu’à 20 verges cubes de copeaux de bois déversés à l’endroit que tu indiques. La plupart des gens ne réalisent pas à quel point une pile de 20 verges de copeaux de bois est réellement grosse. Sarah le sait maintenant. Elle a utilisé ce dont elle avait besoin et elle partage activement le surplus avec qui dans la communauté veut bien en prendre. 

C’est de là que viennent les copeaux de bois du 5e. On voulait un deuxième chargement pour s’assurer de bien empiler tout ce qu’on avait par-dessus les racines de pervenche restantes pour les étouffer complètement. 

Pose triomphante d’arrachage de souche

On a fini par remplir la remorque sous la pluie, et on s’est pas mal trempées dans le processus. Notre espoir, c’était qu’au moment où on arriverait au site de plantation, la pluie aurait diminué. Hélas, ce n’est pas comme ça que la soirée s’est déroulée. La pluie a continué par épisodes alternés de colère et de contentement, toute la soirée durant. 

On commence sur la pervenche

On s’était préparées à ce que personne ne se présente, mais nos bénévoles de Polliniser Aylmer ont continué d’arriver. On avait oublié une brouette, Suzanne en a apporté une. On avait oublié les gros pots, Gabrielle les a apportés. On n’avait pas assez de pelles, Dominique est venue à la rescousse. On avait besoin d’outils à main supplémentaires, on savait qu’on peut toujours compter sur Jim pour arriver bien équipé. Il a apporté un râteau, un espèce de pic géant, et plein d’autres outils dont je ne me souviens plus. Deux des Acti-Leaders seniors du PSA sont venus aider à la plantation. La moitié de ma famille et une partie de celle de Suzanne se sont jointes à nous, et Jacob nous a accueillies avec des pichets de bière, des bonnes chaussures de jardinage et la volonté de mener la plantation à terme, sous la pluie.

Kim, James et Dominique travaillent côte à côte avec Jacob pour arracher les racines de pervenche

J’avais apporté les plantes séparées par zone, ce qui rendait la préparation des différentes sections un peu moins chaotique. On a laissé les Acti-Leaders se concentrer sur le jardin d’ombre forestier, pendant que le reste d’entre nous prenait des tours pour enlever la pervenche et son réseau de racines de la plate-bande de devant. C’est probablement ce qui a pris le plus de temps, et on sait qu’il reste encore des racines là, et qu’on n’a aucun espoir d’arracher chacune d’entre elles. On s’en est certainement rapprochées, par contre.

On n’a pas manqué de travail dur et de gants de jardinage dégoulinants, abandonnés à peu près en même temps que les parapluies

Pour aider à supprimer la capacité des racines restantes à pousser de nouveaux rejets à travers le sol, on a utilisé du carton. On savait qu’une seule couche n’allait pas faire l’affaire. On ne faisait pas confiance non plus à deux couches, alors on a opté pour trois. Notre espoir, c’est que le carton lui-même prenne un minimum de 2 ans à se décomposer complètement, le temps que les rejets s’étouffent et meurent d’une mort lente et banale, pour ne plus jamais être revus. Réalistement, même avec autant de carton, il va falloir surveiller les pousses fugitives et les arracher une à une. Ça veut dire que quelqu’un va devoir venir visiter la brasserie sur une base régulière. Je vais prendre celle-là pour l’équipe.

Préparation du carton en cours

Le carton était encore un peu rigide, et c’est là que la pluie a commencé à être pratique. Les flaques géantes sur le trottoir nous ont aidées à imbiber le carton, et Remi le piétinait joyeusement dans le trottoir, à peu près de la même façon que j’enfoncerais une tranche de pain dans un mélange d’œufs pour faire du pain doré. On a apporté les feuilles détrempées vers la plate-bande, et ce qui avait commencé comme un piétinement de carton s’est transformé en party de danse improvisé par-dessus le cimetière de pervenche. 

Ma photo préférée de tous les temps de construction de jardin, où Allison, Kim, Gabrielle, Remi et moi-même partons en party de danse spontané sous la pluie, en piétinant la 2e ou peut-être la 3e couche de carton. Notez aussi les deux énormes bacs bruns à l’avant-plan, remplis de déchets de pervenche.

Une fois les trois couches de carton posées, on a commencé à apporter les copeaux de bois restants. On a eu la chance d’avoir des copeaux très finement déchiquetés, qui je sais d’expérience vont se décomposer assez facilement en un sol riche, plein de nutriments, avec le temps. On a étendu environ 6 pouces de ces copeaux par-dessus les couches de carton détrempées, et c’est ce qui est devenu notre milieu de plantation. 

Les Acti-Leaders du PSA plantent les plantes forestières directement dans une épaisse couche de copeaux de bois

De l’autre côté, on a fait un étalage de copeaux de bois similaire, sans avoir besoin de carton, puisqu’il n’y avait pas de mauvaises herbes à supprimer là où on plantait. Les Acti-Leaders ont retiré les hostas, et on les a en fait déposés sur le bord du trottoir, gratuits à qui en veut. 

Travail en cours. On approche.

Des roches ont été placées stratégiquement autour des jeunes plantes d’ombre, dans l’espoir de leur donner une longueur d’avance pour s’établir avant d’être complètement piétinées par des petits pieds.

De retour à la plate-bande surélevée, on a apporté plusieurs dalles de pas, et on a laissé Remi décider où les placer comme parcours optimaux de marche / sauts pour les petits pieds. Grâce à notre party de danse, elle a eu l’idée brillante de les disposer de façon à ce que le projecteur déjà en place éclaire ses pieds pendant qu’elle danse, pour les fois où elle est là avec nous après la noirceur. 

On place les plantes dans la plate-bande fraîchement nettoyée

On a aussi décidé de planter quelques plantes stratégiquement placées autour de l’enseigne du 5e, en enlevant les iris à l’air déprimé qui occupaient cet espace auparavant. 

Avec le paillis étendu dans tous nos endroits de plantation prévus, c’était le temps d’arranger les plantes. Je vous encourage à venir visiter la brasserie pour les regarder pousser. 

Pour celles et ceux qui sont intéressés à savoir ce qu’on a planté, voici la liste par zone de plantation : 

Le jardin d’ombre forestier 

  • Capillaire du Canada (Adiantum pedatum)
  • Tiarelle cordifoliée (Tiarella cordifolia
  • Anémone du Canada (Anemone canadensis)
  • Mitrelle à deux feuilles (Mitella diphylla)
  • Arisème petit-prêcheur (Arisaema triphyllum)
  • Asaret du Canada / gingembre sauvage (Asarum canadense)
  • Ancolie du Canada (Aquilegia canadensis)
  • Zizia doré (Zizia aurea)
  • Verge d’or zigzaguante (Solidago flexicaulis)
  • Aster divariqué (Eurybia divaricata)
  • Élyme hystrix (Elymus hystrix)
  • Canche cespiteuse (Deschampsia cespitosa)

La plate-bande surélevée / jardin mi-ensoleillé

  • Viorne trilobée / pimbina (Viburnum trilobum
  • Millepertuis de Kalm (Hypericum kalmianum)
  • Clématite de Virginie (Clematis virginiana)
  • Clématite occidentale (Clematis occidentalis)
  • Lobélie bleue (Lobelia siphilitica
  • Rudbeckie hérissée (Rudbeckia hirta)
  • Verge d’or à feuilles de ptarmica (Solidago ptarmicoides)
  • Scutellaire naine (Scutellaria parvula)
  • Zizia à feuilles cordées (Zizia aptera)
  • Penstémon digitale (Penstemon digitalis
  • Penstémon hirsute (Penstemon hirsutus)
  • Pycnanthème à feuilles étroites (Pycnanthemum tenuifolium)
  • Monarde ponctuée (Monarda punctata)
  • Boutéloue gracieux (Bouteloua gracilis)

Enseigne avant et allée

  • Gillénie trifoliée (Gillenia trifoliata)
  • Éragrostide spectaculaire (Eragrostis spectabilis)
  • Polémoine rampante (Polemonium reptans)
  • Asaret du Canada
  • Petit barbon (Schizachyrium scoparium)
  • Rudbeckie hérissée

Il nous restait quelques copeaux de bois et quelques plantes, et on a décidé qu’on pouvait enlever encore plus de hostas le long de l’allée, et utiliser cette étroite bande d’espace pour planter plus de plantes pour les pollinisateurs. Après avoir mis des copeaux le long de l’allée, on a ajouté de grandes plaques d’asaret du Canada, entrecoupées de petit barbon et de rudbeckies hérissées, en espérant que ces deux-là pourront mûrir et s’enraciner suffisamment avant que l’asaret ne les rattrape.

Rendus là, les enfants enfants s’étaient réfugiés de la pluie à l’intérieur de la brasserie et avaient décoré quelques-unes des roches peintes que Suzanne avait apportées. Ces roches sont devenues les touches finales du jardin, et on a laissé des marqueurs derrière le comptoir en espérant que certains des enfants qui fréquentent la brasserie auront aussi plaisir à les décorer.

Le nouveau jardin d’ombre forestier

Complètement trempées, avec des flaques d’eau dans nos bottes de pluie, de la boue maculée sur nos visages et sur certaines lunettes, l’ambiance était celle de frissons festifs, alors qu’on a posé pour une photo de notre dernier chef-d’œuvre.

La transformation est magnifique, et on a hâte de regarder les plantes prendre leur place, alors que les pollinisateurs les trouvent et viennent y refaire le plein.

Merci Jacob et toute l’équipe du 5e pour votre confiance en nous, et pour avoir été là pour aider, à chaque étape du chemin. 

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